Dès 1996, le sociologue Enrico Quarantelli classait le bon fonctionnement du centre d'opérations d'urgence parmi ses dix critères d'évaluation d'une gestion de catastrophe, en précisant qu'un centre suréquipé ne sert à rien si les organisations n'y envoient personne qui puisse décider. L'ISO 22361, publiée le 19 octobre 2022 et homologuée en France sous la référence NF EN ISO 22361 en novembre de la même année, reste une recommandation. Le décret du 20 juin 2022 demande au plan communal de sauvegarde de décrire l'organisation du poste de commandement, sans décrire la pièce. Entre ces textes, le nombre de sièges, l'affichage, l'acoustique et le lieu de repli relèvent d'une suite de décisions, et leur ordre compte autant que leur contenu.
En août 2024, trois chercheurs de la chaire « Gestion de crise » de l'université de technologie de Troyes écrivaient, dans la lettre d'information de l'Institut des hautes études du ministère de l'Intérieur, que la dynamique des cellules de crise et leurs modalités de coordination internes restent peu connues et peu documentées. Près de trente ans plus tôt, le sociologue américain Enrico Quarantelli avait posé une phrase que ce constat n'a pas périmée, un centre d'opérations d'urgence suréquipé ne sert à rien si les organisations n'y envoient personne qui puisse décider.
Entre les deux, des entreprises et des communes achètent des écrans. Reste à savoir dans quel ordre se prennent les décisions qui font qu'une cellule tient le jour venu.
Nous voyons régulièrement des organisations dotées d'un plan à jour, d'annuaires tenus et de fiches réflexes complètes, qui découvrent au premier exercice que leur cellule travaille mal. Douze personnes parlent en même temps dans une salle prévue pour une réunion de service, le seul écran disponible affiche encore le diaporama d'un séminaire, et la main courante se tient sur un carnet que personne ne relira. La construction d'une cellule se joue à froid, sur une dizaine de décisions concrètes, et la pièce arrive en dernier.
L'équipement vient après la fonction
Quarantelli a publié en 1996 dix critères d'évaluation de la gestion d'une catastrophe. Le dixième porte sur le centre d'opérations d'urgence, et sa conclusion dérange encore. Un centre d'opérations est un système social, écrit-il, et dès lors que les fonctions attendues sont exercées, sa localisation et ses installations comptent relativement peu. Il y ajoute l'erreur qu'il observait le plus souvent, un centre doté des meilleurs moyens techniques reste inutile quand les organisations y envoient des représentants trop subalternes pour engager quoi que ce soit.
La leçon vaut pour une entreprise de deux cents personnes comme pour une commune de cinq mille habitants. La première décision porte sur les fonctions à tenir et sur les personnes qui les tiennent, avec la capacité de décider que cela suppose. Le reste suit, et le reste coûte moins cher qu'il n'y paraît.
Deux questions règlent la moitié des difficultés
Elles tiennent en une ligne chacune. Qui décide quand le dirigeant ou le maire est injoignable, et jusqu'à quel montant la cellule engage l'organisation sans en référer. Les réponses se mettent par écrit dans une note signée, avec une règle de suppléance nominative à deux niveaux et un seuil d'engagement financier. Cette note coûte une heure de travail et peut faire gagner les quarante premières minutes d'une crise.
Une partie de l'économie a reçu cette obligation du législateur européen. Depuis le 17 janvier 2025, le règlement DORA impose aux entités financières, microentreprises exclues, une fonction de gestion de crise, et le test au moins annuel des plans de continuité informatique et des plans de communication de crise. Les autres secteurs restent libres de leur organisation. Ils gagnent à reprendre le même standard de leur propre initiative, parce qu'un assureur, un client industriel ou une autorité de contrôle peut le demander.
Le nombre de sièges se décide avant la table
Au-delà de huit à dix personnes autour d'une table, la discussion tend à devenir un tour de table et le temps d'arbitrage s'allonge. Les organisations qui tiennent la durée séparent un noyau restreint, quatre à six personnes qui décident, d'un ensemble plus large qui prépare, vérifie et exécute dans une autre pièce.
L'ISO 22361, publiée le 19 octobre 2022 et homologuée en France en novembre de la même année, distingue de la même manière le niveau stratégique du niveau opérationnel. Elle relève de la recommandation, et aucune autorité ne vient en vérifier l'application.
Trois fonctions se retrouvent dans la plupart des cellules qui fonctionnent. Quelqu'un conduit la réunion et arbitre. Quelqu'un tient la situation, la main courante et le fil du temps. Quelqu'un prépare la parole, interne puis publique. Les autres fonctions varient selon le métier, production, systèmes d'information, ressources humaines, affaires juridiques, sites. Chacune se remplit par un nom et un suppléant, jamais par un service.
La pièce doit servir les fonctions qui s'y exercent
Une fois le mandat écrit et les fonctions nommées, la salle redevient une question sérieuse, parce qu'elle facilite ou gêne chacune de ces fonctions. L'aviation civile est l'un des rares domaines à l'écrire noir sur blanc. L'Annexe 14 de l'Organisation de l'aviation civile internationale demande que le centre d'opérations d'urgence d'un aérodrome conserve une vue dégagée sur l'aire de mouvement et sur le poste de stationnement isolé des aéronefs, et que ses moyens de communication soient vérifiés régulièrement.
Nous retenons quelques repères. Une surface de l'ordre de trente mètres carrés pour huit personnes assises. Un mur entier réservé à la vue commune, situation en cours, cartographie, horaires des points de situation et décisions prises. Deux surfaces inscriptibles plutôt qu'un écran unique, parce qu'un affichage projeté disparaît dès que l'ordinateur change de main.
Une porte placée en retrait de la table, pour que les entrées et les sorties ne coupent pas la réunion. Une horloge visible de tous et un téléphone de salle distinct des portables. Le bruit se traite en séparant la pièce de décision de la pièce de suivi téléphonique, parce que deux conversations simultanées peuvent rendre une table inutilisable.
La localisation compte autant que l'aménagement. Une cellule installée près de l'accueil risque de recevoir les visiteurs, les familles et la presse. Une cellule installée au dernier étage, derrière un ascenseur, devient difficile d'accès le jour où l'alimentation électrique est coupée.
La forme de la table se choisit, elle ne se subit pas
Le meuble fait trois choses à la fois. Il porte les documents, il décide qui voit qui, et il désigne celui qui mène. Les cellules héritent souvent d'une table choisie des années plus tôt pour des réunions de service, et ce hasard pèse sur chaque point de situation.
La table ronde met tout le monde à égalité et c'est son défaut dans une cellule, puisqu'elle efface la position du pilote au moment où le groupe a besoin de le repérer d'un coup d'œil. Passé six personnes, elle devient large, le partage d'un document au centre cesse d'être possible, et la moitié des participants tourne le dos au mur d'affichage.
La table carrée convient jusqu'à huit, chacun voit tous les visages, mais les angles créent quatre sous-groupes et un seul côté fait face au mur.
La table rectangulaire rétablit une tête, donc un pilote visible, au prix de deux inconvénients connus de ceux qui en ont fait l'expérience, les personnes du bout ont tendance à décrocher de la discussion et celles d'un même côté ne se voient pas. Au-delà de trois mètres de longueur, le bout de table devient un public.
Deux formes servent mieux une cellule. La table ovale, ou en tonneau, conserve une tête et élargit le milieu, de sorte que chaque siège voit chaque visage. C'est le meilleur compromis pour un noyau de six à huit personnes.
Le fer à cheval, ouvert vers le mur d'affichage, va plus loin. Personne ne tourne le dos à la situation, le pilote s'installe au centre de la base, la main courante se tient près du mur, et une seconde rangée de chaises derrière les branches accueille les renforts sans encombrer la table.
Trois contraintes matérielles valent d'être posées avant l'achat. Des plateaux légers sur roulettes plutôt qu'un bloc central fixe, parce que la disposition d'une réunion de décision n'est pas celle d'un point de situation devant trente personnes. Des prises au sol ou en bord de table, puisque les prises murales conduisent souvent à des câbles en travers des circulations. Et de la place, nous comptons 80 centimètres de bord de table par personne, 90 centimètres de dégagement derrière les chaises, et 1,20 mètre du côté qui mène à la porte.
Reste la question de l'affectation des places. Le guide ORSEC de septembre 2009 propose pour le centre opérationnel départemental une sectorisation en quatre fonctions, anticipation et synthèse, infrastructures, moyens logistiques, voies de communication. Le principe se transpose, les voisins de table se choisissent par fonction plutôt que par rang hiérarchique, et les deux personnes qui doivent se parler le plus souvent s'installent côte à côte.
La main courante décide de ce qu'il restera
La trace est la seule production durable d'une cellule. Un support unique, une personne nommée pour la tenir avec son suppléant, un horodatage systématique et une distinction nette entre l'information reçue, la décision prise et l'action confiée. Le reste relève de la discipline de réunion.
Ce document sert trois fois, pendant la crise pour éviter de rejouer deux fois le même arbitrage, après pour le retour d'expérience, et plus tard devant un assureur, un juge ou une autorité qui demandera ce qui était connu, à quelle heure, et qui a décidé quoi.
Le mode dégradé se prépare avec la salle
Une cellule dépend d'une alimentation électrique, d'un réseau, d'une téléphonie et d'un annuaire à jour. Ces quatre éléments peuvent précisément tomber les jours où la cellule se réunit.
Le dossier papier, annuaire, plans de site, procédures et fiches réflexes, tient dans une armoire fermée de la salle et se met à jour deux fois par an. Un lieu de repli est désigné, avec ses clés et son chemin d'accès, parce que l'événement peut rendre le premier local inaccessible. Le test grandeur réelle consiste à tenir une heure de cellule sans réseau et sans l'outil de gestion de crise, ce que nous intégrons aux exercices que nous conduisons.
Pour un maire, le poste de commandement est déjà dans le plan
Le décret n° 2022-907 du 20 juin 2022 demande au plan communal de sauvegarde de décrire l'organisation du poste de commandement communal mis en place par le maire en cas de nécessité. Le texte nomme l'organisation et laisse la commune libre du reste. Le même décret fixe à cinq ans au maximum le délai de révision du plan et prévoit une évaluation à la même échéance, qui peut être associée à un exercice.
Dans les faits, la salle du conseil municipal sert souvent de cellule par défaut. Elle offre de la place et une grande table. Elle présente aussi trois inconvénients, un accès ouvert au public, des murs difficiles à couvrir d'affichage, et une acoustique prévue pour une assemblée plutôt que pour cinq conversations téléphoniques.
Désigner dans le plan une pièce principale et une pièce de repli, avec le matériel qui reste sur place, coûte une décision et une armoire. L'État applique la même logique à son échelle, et la cellule interministérielle de crise se réunit place Beauvau, dans un lieu connu à l'avance.
Nos recommandations
Sources
- Enrico L. Quarantelli, « Ten Criteria for Evaluating the Management of Community Disasters », Disaster Research Center, université du Delaware, 1996, publié dans Disasters, vol. 21, n° 1, mars 1997
- Guillaume Delatour, Paul-Henri Richard et Michael Babin, « La cellule de crise, un outil d'hypercoordination au cœur de la résilience des organisations », IHEMI, 23 août 2024
- ISO 22361:2022, « Sécurité et résilience, management de crise, lignes directrices », publiée le 19 octobre 2022, homologuée en France sous la référence NF EN ISO 22361 en novembre 2022
- Règlement (UE) 2022/2554 du 14 décembre 2022, article 11, applicable depuis le 17 janvier 2025
- Décret n° 2022-907 du 20 juin 2022 relatif au plan communal et intercommunal de sauvegarde, articles R. 731-2 et R. 731-8 du code de la sécurité intérieure
- Exigences de l'Annexe 14 de l'OACI sur le centre d'opérations d'urgence, reprises dans une circulaire d'application de février 2023
Article à jour au 7 octobre 2026.

