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Analyse · NOVRISK.

Sécurité économique : 800 alertes par an, et plus d'une sur deux visant le capital

La France a publié le 24 septembre une doctrine de sécurité économique. Le document chiffre à environ 800 les alertes traitées chaque année depuis 2023, contre environ 300 en 2020. Plus de la moitié portent sur des tentatives de rachat ou de prise de participation.

Deux ordinateurs portables affichant des tableaux de bord, une main désignant un écran avec un stylo dans un bureau ouvert
Photo d'illustration. Image : Shutterstock.

La Direction générale des entreprises a mis en ligne le 24 septembre 2026 un document de huit pages intitulé « Doctrine de sécurité économique ». Il fixe le cadre d'action de l'État face aux atteintes économiques d'origine étrangère. Un chiffre y structure tout le reste : « en moyenne 800 alertes environ sont traitées annuellement depuis 2023, contre approximativement 300 en 2020 ».

Ce que le document chiffre

La doctrine retient une définition large : « une alerte de sécurité économique est caractérisée dès lors qu'un risque d'atteinte à notre sécurité nationale, notre compétitivité économique, notre capacité d'innovation, ou notre potentiel de croissance est identifié ». La ventilation est plus instructive que le total. En 2025, « plus de la moitié des alertes identifiées et traitées par le SISSE portaient sur des tentatives de rachat ou de prise de participation par un acteur étranger dans un actif stratégique, et un tiers d'entre elles sur des tentatives de captation de savoir et savoir-faire sensibles ». Le contrôle des investissements étrangers, renforcé depuis 2023, « représente désormais 100 à 120 contrôles par an ». En regard, Business France a recensé 1 878 décisions d'investissement étranger en France en 2025.

Le communiqué du ministère de l'Économie du 25 septembre ajoute une mesure de la territorialisation du dispositif : près de 120 comités régionaux ou départementaux se seront tenus sur l'année 2026, et plus de la moitié des dossiers de 2025 ont été traités hors Île-de-France. Le SISSE crée par ailleurs, avec l'ESSEC, un observatoire de la sécurité économique, et la Gendarmerie nationale a publié le même jour un guide des atteintes à la sécurité économique.

Savoir qui appeler : SISSE, COLISE, DISSE

Le dispositif décrit est interministériel. Un comité, le COLISE, « coordonne les actions menées par les services de l'État en matière de sécurité économique ». Au quotidien, le Service de l'information stratégique et de la sécurité économiques, le SISSE, élabore et propose la politique de protection des intérêts économiques du pays. Dans leurs territoires, « les préfets sont responsables de l'organisation et de l'animation de la politique de sécurité économique en lien avec le SISSE », les comités se tenant notamment sous l'égide des préfets de région.

Pour une direction d'entreprise, la conséquence tient en une ligne d'annuaire. Le délégué à l'information stratégique et à la sécurité économiques, le DISSE, implanté en région auprès de la DREETS, existe, il est joignable, et il se contacte à froid. Un dirigeant qui découvre ce guichet le jour où un concurrent étranger approche son actionnariat ou son directeur technique a déjà perdu la semaine qui compte. Ce contact se range au même rang que celui de l'assureur.

Le capital n'est pas tout

La mesure la plus utile du document est aussi la plus inconfortable. Plus d'une alerte sur deux concerne le capital, un tiers concerne le savoir-faire, et les deux ne se défendent pas avec les mêmes outils. L'autorisation préalable des investissements étrangers protège l'actionnariat, et elle produit 100 à 120 contrôles par an. Elle ne protège ni un plan de fabrication transmis à un sous-traitant de rang deux, ni une base de données sortie par une messagerie personnelle, ni une compétence qui part avec un salarié débauché. Ce tiers-là se joue dans des pratiques internes, à un niveau qu'aucune procédure d'État n'atteint.

Ce que la doctrine de sécurité économique ne règle pas

Le document se qualifie lui-même d'« interne aux services de l'État ». Il organise l'action administrative et ne crée aucune obligation nouvelle à la charge des entreprises : il n'existe aucun référentiel opposable derrière ces huit pages, et les seules contraintes restent celles des régimes existants, dont le contrôle des investissements étrangers.

Le maillage, lui, reste étroit. Les délégués sont vingt et un. Selon le député Christophe Plassard, ils « font 600 visites par an, donc il y a des entreprises qu'on voit seulement tous les trois ou quatre ans, c'est un peu léger », propos rapportés par Localtis le 28 juillet 2026, à partir du rapport « La sécurité économique de la France », remis au Premier ministre le 21 juillet par les députés Christophe Plassard, Charles Rodwell et Jean-Louis Thiériot. Rapporté au tissu économique français, cela décrit un dispositif de recours, pas un dispositif de couverture.

Reste la lecture du chiffre lui-même. Passer de 300 à 800 alertes en cinq ans mesure deux choses à la fois, une menace qui croît et une détection qui s'améliore, sans permettre de les séparer. Ces 800 alertes décrivent ce que l'État a vu. Elles ne disent rien de ce qu'il n'a pas vu, et c'est précisément cette part-là qui mérite une heure de comité de direction cette semaine.

Repères
  • 800 alertes par an en moyenne depuis 2023, contre environ 300 en 2020.
  • Plus de la moitié des alertes de 2025 portaient sur des tentatives de rachat ou de prise de participation par un acteur étranger dans un actif stratégique.
  • Un tiers portaient sur des tentatives de captation de savoir-faire sensibles.
  • 100 à 120 contrôles d'investissements étrangers par an depuis 2023.
  • Vingt et un délégués à l'information stratégique et à la sécurité économiques, implantés en région auprès des DREETS.
  • Aucune obligation nouvelle pour les entreprises : le document se dit « interne aux services de l'État ».

Sources

  1. Direction générale des entreprises, « Doctrine de sécurité économique », 24 septembre 2026
  2. Ministère de l'Économie, « Assises de la Sécurité économique : face à la montée des alertes, Bercy renforce son dispositif de sécurité économique », 25 septembre 2026
  3. Direction générale des entreprises, présentation du SISSE
  4. Décret n° 2019-206 du 20 mars 2019 relatif à la gouvernance de la politique de sécurité économique (Légifrance)
  5. Business France, bilan des investissements internationaux en France en 2025
  6. Localtis, Emilie Zapalski, « Sécurité économique : vers un renforcement du rôle des collectivités ? », 28 juillet 2026

Article à jour au 2 octobre 2026.