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Analyse · ELISK.

Feux de forêt : 98 000 hectares brûlés en 2026, et l'hiver pour débroussailler

L'Office national des forêts recense environ 98 000 hectares brûlés depuis janvier, pour 21 000 départs de feu. Dans les Bouches-du-Rhône, la période réglementée d'accès aux massifs s'est achevée le 30 septembre, quand les obligations légales de débroussaillement, elles, courent toute l'année.

Sapeur-pompier de dos devant un front de flammes dans la végétation basse, sous une large colonne de fumée
Feu de végétation. Photo d'illustration.
En bref
  • 98 000 hectares brûlés entre le 1er janvier et le 24 septembre 2026, dont 76 000 de forêt, pour 21 000 départs de feu, selon l'ONF. La moyenne forestière des vingt dernières années s'établit à 12 700 hectares.
  • L'accès aux massifs des Bouches-du-Rhône était réglementé du 1er juin au 30 septembre, comme le renfort estival de la zone Sud, près de 3 000 agents sur 21 départements.
  • Les obligations légales de débroussaillement ignorent les saisons. Elles concernent 52 départements depuis avril 2026, contre 43 en 2024, et au moins 7 400 communes.
  • Le maire en répond à trois titres : contrôle, propriété des équipements communaux, gestion de la voirie.

Environ 98 000 hectares de végétation ont brûlé en France hexagonale entre le 1er janvier et le 24 septembre 2026, dont 76 000 hectares de forêt, pour 21 000 départs de feu. Les chiffres viennent de l'Office national des forêts, et ils se lisent mieux rapportés aux précédents, puisque la moyenne forestière des vingt dernières années s'établit à 12 700 hectares et que l'année 2025 tout entière, avec ses 15 827 feux, en avait compté 20 420. L'ordre de grandeur a changé en une saison.

Dans les Bouches-du-Rhône, la période réglementée d'accès aux massifs s'est achevée le 30 septembre. Les obligations légales de débroussaillement, elles, ignorent les saisons, et l'hiver qui vient est la fenêtre où elles se traduisent en travaux.

Un bilan qui déplace la carte

La formule de record depuis 1976 dit exactement ce qu'elle dit. 2026 est la pire année depuis cinquante ans, et 1976 reste au-dessus, avec plus de 100 000 hectares de surfaces végétales et au moins 80 000 hectares de forêt cette année-là.

Une deuxième donnée éclaire davantage. 97 % des départs de feu ont été éteints avant d'avoir parcouru dix hectares, ce qui dit à la fois que l'attaque des feux naissants fonctionne et que toute la variance se loge dans les 3 % restants. Ces quelques jours où le vent, la sécheresse et un départ mal placé se rencontrent emportent l'essentiel des surfaces. Ce qui protège alors une maison a été fait des mois plus tôt.

La troisième déplace la carte. Près de 2 000 hectares ont brûlé en forêt de Fontainebleau en juillet, un dixième du massif. Un maire de Seine-et-Marne, de Gironde ou du Haut-Rhin traite désormais un risque que les documents communaux réservaient au pourtour méditerranéen.

Accès aux massifs : ce qui s'est arrêté le 30 septembre

Dans les Bouches-du-Rhône, la réglementation de l'accès aux massifs forestiers s'appliquait du 1er juin au 30 septembre inclus, avec ses quatre niveaux de danger réévalués chaque jour à dix-sept heures pour le lendemain. Le renfort estival de la zone de défense et de sécurité Sud, près de 3 000 agents supplémentaires répartis sur 21 départements, couvrait la même période. Les deux ont pris fin mercredi.

Ce que le 1er octobre a emporté tient dans le support de l'information au public. L'affichage aux entrées de massif, la carte quotidienne relayée sur les sites communaux et l'appui de la police municipale sur une interdiction préfectorale reposaient tous sur un arrêté qui a cessé de produire effet.

Deux dispositifs demeurent, et ils se lisent mal ensemble. L'emploi du feu reste encadré par un arrêté distinct, qui a ses propres périodes sensibles et ignore le calendrier des massifs. La campagne nationale de prévention des épisodes méditerranéens court quant à elle jusqu'à fin novembre sur quinze départements du pourtour, pour plus de neuf millions d'habitants exposés. Tenir la correspondance entre ces calendriers revient au secrétariat général de mairie.

Les obligations légales de débroussaillement courent toute l'année

Elles s'imposent en permanence aux terrains situés à moins de 200 mètres d'un bois ou d'une forêt classés, sur une profondeur de 50 mètres autour des constructions, chantiers et installations de toute nature, que le maire peut porter à 100 mètres, auxquels s'ajoute une bande le long des voies privées d'accès dont le préfet fixe la largeur dans la limite de 10 mètres de part et d'autre. Les articles L. 134-6 et suivants du code forestier en portent le détail.

Le périmètre s'est élargi deux fois en deux ans. L'arrêté du 6 février 2024 classait 43 départements, celui du 20 mai 2025 en a porté le nombre à 48, et celui du 13 avril 2026 à 52, dont 25 réputés particulièrement exposés. Au moins 7 400 communes sont concernées, décompte arrêté en janvier 2026 sur la base de 48 départements, donc un plancher.

Ce régime procède de la loi du 10 juillet 2023 contre l'intensification du risque incendie, qui a créé le mécanisme de classement par arrêté interministériel. Un territoire peut ainsi entrer dans le dispositif sans qu'aucune décision locale intervienne. La même loi a qualifié le débroussaillement d'opération d'entretien courant, dispensée d'autorisation comme de déclaration, de sorte que l'argument de la procédure, souvent opposé en mairie, ne tient plus.

Dans les Bouches-du-Rhône, un arrêté préfectoral du 15 octobre 2025 a remplacé celui de 2014 et étendu les obligations aux îlots de végétation et aux espaces agricoles régulièrement entretenus. Il entre ce mois-ci dans sa deuxième année, et aborde son premier hiver complet.

Le maire en répond à trois titres

Comme autorité de contrôle d'abord, l'article L. 134-7 lui confiant la vérification de l'exécution. Quand le propriétaire reste inerte après mise en demeure, l'article L. 134-8 impose à la commune de faire exécuter les travaux d'office et d'en récupérer le coût, sous astreinte plafonnée à 100 euros par jour et 5 000 euros au total, que le maire peut réduire selon les circonstances. Ces dépenses sont obligatoires pour la commune, sa carence engage sa responsabilité, et le préfet dispose d'un pouvoir de substitution. Du côté du propriétaire, la sanction va de l'amende contraventionnelle de cinquième classe, jusqu'à 1 500 euros, à 50 euros par mètre carré laissé en l'état, assortie d'une franchise d'assurance majorée en cas de sinistre.

Comme propriétaire ensuite, puisque les 50 mètres autour des équipements communaux situés dans le périmètre relèvent de la commune elle-même, et la totalité de la parcelle en zone urbaine. Une école, un gymnase ou une station d'épuration en lisière entrent dans le décompte au même titre qu'un pavillon.

Comme gestionnaire de voirie enfin, les bandes le long des voies ouvertes à la circulation publique et des chemins ruraux desservant des constructions revenant au gestionnaire, sur une largeur fixée par le préfet dans la limite de 20 mètres de part et d'autre de l'emprise. Soit le double de celle des voies privées, et la confusion entre les deux revient souvent.

Trois obligations qui passent inaperçues

Les réseaux linéaires relèvent de leurs exploitants. Lignes électriques aériennes et infrastructures ferroviaires portent leurs obligations propres, aux articles L. 134-10 et L. 134-11, et lorsqu'elles restent inexécutées, c'est l'État qui fait procéder d'office aux travaux, après une mise en demeure demeurée deux mois sans effet. Une commune traversée par une ligne ou une voie ferrée dispose donc d'un interlocuteur identifié.

L'obligation s'annexe ensuite au plan local d'urbanisme, l'article L. 134-15 prévoyant que les périmètres soumis au débroussaillement y figurent. Tâche de service technique sans urgence apparente, elle conditionne l'information donnée aux pétitionnaires.

Elle s'impose enfin lors d'une vente, l'article L. 134-16 faisant du respect des obligations une information due à l'acquéreur. Un terrain mal débroussaillé devient alors une question de transaction, et le sujet remonte au notaire plutôt qu'à la mairie.

L'hiver est la fenêtre des travaux

La campagne nationale retient l'automne et l'hiver, d'octobre à février, parce que la végétation y est moins dense et que les feuilles sont tombées. Elle avance un chiffre que peu d'élus ont en tête, 90 % des maisons détruites lors des feux de forêt se trouvant sur des terrains pas ou mal débroussaillés. Ce chiffre vient de la communication gouvernementale, repris de dossier en dossier, sans étude publique qui en donne la méthode.

Les ordres de grandeur, eux, sont documentés. Près de 190 constructions ont été sévèrement endommagées ou détruites en 2025, le pire bilan des dernières décennies. Lors du seul incendie des Corbières, en août, 11 000 hectares ont été détruits et 17 000 parcourus, et quelque 2 500 bâtiments se trouvaient dans le périmètre ou à moins de 50 mètres de celui-ci. Ces 50 mètres sont exactement la profondeur que la loi demande de débroussailler.

Un maire qui veut des travaux exécutés avant juin 2027 dispose d'un automne pour recenser, informer et mettre en demeure, puis d'un hiver pour faire faire. Le recensement est la partie longue, et il se mène au bureau, sur le cadastre croisé avec le périmètre classé.

Du feu aux pluies intenses : ce que le calendrier ne règle pas

La bascule d'une saison à l'autre reste outillée nulle part. Aucun document publié ne dit comment une commune passe d'un dispositif orienté feu à un dispositif orienté pluies intenses et inondations soudaines, avec les mêmes agents d'astreinte, le même matériel et le même standard téléphonique. C'est la transition qu'un exercice révèle en vingt minutes et qu'un plan écrit une fois laisse de côté. Le plan communal de sauvegarde devrait la porter, et il la porte rarement.

Reste ce que la fin de la période réglementée pose en creux. Le pouvoir de police du maire en matière de prévention des incendies ne s'est pas éteint le 30 septembre. Il est redevenu visible, le cadre préfectoral qui l'absorbait quatre mois durant ayant cessé de répondre à sa place. Les quatre mois qui viennent sont ceux où il s'exerce seul.

Sources

  1. Office national des forêts, bilan des surfaces brûlées au 24 septembre 2026, relayé par franceinfo
  2. Ministère de la Transition écologique, fiche de presse sur les obligations légales de débroussaillement, 6 janvier 2026
  3. Ministère de l'Intérieur, campagne 2026 pour encourager le débroussaillement, 6 janvier 2026
  4. Ministère de la Transition écologique, dossier de presse feux de forêt, 9 juin 2026
  5. Ministère de l'Intérieur, campagne de prévention des épisodes méditerranéens, 11 septembre 2026
  6. Code forestier, articles L. 134-1 à L. 134-18 (Légifrance)
  7. Arrêté du 20 mai 2025 modifiant l'arrêté du 6 février 2024 classant les bois et forêts exposés au risque d'incendie
  8. Arrêté du 13 avril 2026 portant à 52 le nombre de départements classés
  9. Localtis, « Obligations légales de débroussaillement : les maires triplement concernés », 7 janvier 2026
  10. Localtis, cadre juridique des obligations légales de débroussaillement, 15 mai 2025
  11. Agence technique départementale 13, arrêté préfectoral du 15 octobre 2025 sur les obligations de débroussaillement
  12. Direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône, accès aux massifs forestiers
  13. Préfecture des Bouches-du-Rhône, renfort estival de la zone de défense Sud, juin 2026

Article à jour au 3 octobre 2026.