Les Français se sentent les moins préparés d'Europe à une crise majeure
Mis en ligne à la mi-octobre, le Future Risks Report du groupe AXA place la France au dernier rang des pays européens interrogés sur leur sentiment de préparation à une crise majeure, avec 17 % de répondants qui s'estiment prêts, contre 27 % en Europe et 38 % dans le monde. La même enquête compte 4 % de personnes ayant déjà participé à un exercice de préparation, pour 47 % qui s'y déclarent disposées.
- 17 % des répondants français se jugent préparés à une crise majeure, contre 27 % en Europe et 38 % dans le monde.
- 70 % du grand public interrogé a traversé au moins une crise au cours des douze derniers mois, et 52 % au moins deux.
- 85 % des experts et du grand public jugent évitables, en tout ou en partie, les risques qui les inquiètent le plus.
- 4 % du grand public a déjà participé à un exercice de préparation, pour 47 % qui s'y déclarent disposées.
- En Europe, les experts maintiennent l'instabilité géopolitique au premier rang, devant le changement climatique et devant l'intelligence artificielle.
Mis en ligne à la mi-octobre, le Future Risks Report du groupe AXA repose sur une enquête conduite par Ipsos du 14 mai au 24 juin 2026 auprès de 4 345 experts de l'assurance répartis dans 62 pays et de 24 000 personnes du grand public interrogées dans 19 pays. Parmi les centaines de pourcentages qu'il aligne, un seul concerne directement les organisations françaises. Invités à dire dans quelle mesure ils se sentaient préparés à affronter une crise majeure, catastrophe naturelle, pandémie, effondrement économique ou cyberattaque, 17 % des répondants français ont répondu qu'ils l'étaient. Soixante-dix-neuf pour cent ont dit l'inverse, et 4 % ont estimé qu'une crise majeure ne les affecterait pas personnellement. Aucun autre pays d'Europe interrogé ne descend aussi bas.
La France en bas du tableau européen
Le tableau publié page 65 du rapport range les pays par ordre décroissant. L'Irlande ouvre la colonne européenne avec 41 % de répondants qui se jugent préparés, suivie de la Turquie à 35 %, de l'Espagne à 33 %, du Royaume-Uni à 30 %, de la Belgique et de l'Italie à 24 %, de l'Allemagne à 21 %. La France ferme la colonne. La moyenne du continent s'établit à 27 %, celle du monde à 38 %, et les États-Unis atteignent 48 %. Un seul pays de l'enquête fait moins bien, le Japon, avec 12 %.
Reste à savoir ce que mesure ce chiffre. Une perception, et elle seule, prévient AXA en tête de son rapport. Ni la qualité des plans de continuité français, ni le délai de reprise de leurs systèmes d'information, ni la solidité de leurs astreintes n'entrent dans la question posée. Ce que l'enquête établit tient en une ligne. Interrogées sur leur propre capacité à traverser une crise, les personnes qui vivent en France se jugent plus démunies que leurs voisines, et une organisation qui n'a jamais joué son plan reste hors d'état de dire si ce sentiment la concerne.
Sept personnes sur dix ont traversé une crise cette année
Changement de question, changement de décor. Interrogés sur les douze derniers mois, 70 % des répondants du grand public déclarent avoir personnellement vécu au moins une situation de crise, et 52 % au moins deux. En cumulant les réponses d'une occurrence et de plusieurs, 44 % citent une crise économique, 40 % une crise sanitaire, 35 % une crise énergétique, 33 % une catastrophe naturelle, 32 % un événement géopolitique ayant affecté leur quotidien et 29 % une cyberattaque ou une violation de données.
Ces pourcentages reposent sur le récit que chacun fait de son année, non sur un relevé officiel, et une coupure de courant prolongée y pèse autant qu'une inondation majeure. Ils installent néanmoins la crise dans l'ordinaire, ce que confirment les 95 % d'experts et les 94 % de répondants du grand public pour qui les crises se sont multipliées ces dernières années.
Quatre pour cent contre quarante-sept
Vient la page qui nous concerne le plus. Interrogé sur les mesures qu'il serait prêt à prendre pour réduire son exposition aux risques, le grand public mondial répond à 47 % qu'il participerait à des exercices de préparation aux situations d'urgence organisés par les autorités locales. Quatre pour cent déclarent l'avoir déjà fait. Dix-neuf pour cent y renoncent en jugeant la démarche trop coûteuse ou trop complexe, 20 % n'en voient pas la nécessité, 10 % la refusent.
Quatre pour cent. Dans la même question, la colonne des gestes déjà accomplis affiche 18 % pour le bilan de santé annuel et 14 % pour le renforcement des dispositifs de cybersécurité, deux démarches qu'un particulier engage seul, quand l'exercice suppose que quelqu'un l'organise, le prépare et l'anime. L'écart se lit d'abord comme une offre absente.
Portant sur le grand public et sur des exercices publics, ces chiffres ne mesurent ni le taux d'exercice des entreprises ni celui des collectivités tenues par une obligation réglementaire. Ils décrivent un rapport à l'entraînement, celui des agents, des salariés et des élus que nous réunissons le jour de l'exercice.
L'Europe, seule région à placer la géopolitique en tête
Le classement régional des experts réserve une singularité. Partout, les risques liés à l'intelligence artificielle et au big data arrivent au premier rang, et pour la première fois devant le changement climatique. Partout sauf en Europe, où l'instabilité géopolitique tient sa place, devant le climat et devant l'intelligence artificielle. Seule région à faire entrer les changements démographiques dans son top 10, l'Europe regarde ses menaces autrement que les Amériques, l'Afrique et l'Asie-Pacifique.
Recueilli auprès d'un panel dont 89 % des membres travaillent chez AXA, ce classement vaut comme perception professionnelle plutôt que comme mesure de l'exposition d'un territoire. Son intérêt est ailleurs. Le rapport décrit des risques qui se renforcent les uns les autres, l'intelligence artificielle transformant la nature des cybermenaces, les tensions géopolitiques fragilisant la sécurité énergétique et alimentaire, le changement climatique mettant à mal les infrastructures et les ressources. Construit autour d'un risque unique, un plan de continuité passe à côté de cette mécanique, que notre panorama des risques détaille famille par famille.
La prévention fait consensus, le budget beaucoup moins
Quatre-vingt-cinq pour cent des experts et du grand public jugent que les risques qui les inquiètent le plus pourraient être évités, en tout ou en partie, par « des mesures de prévention renforcées ». Soixante-quinze pour cent du grand public se déclare prêt à modifier ses habitudes pour réduire les risques, ou l'a déjà fait. De 87 % chez les moins de 25 ans à 83 % chez les 65 ans et plus, le consensus traverse les générations.
Il s'arrête à la ligne budgétaire. Cité par 38 % des répondants, le coût et la complexité des travaux constituent le premier frein à l'adaptation des logements au changement climatique. Pour l'exercice de préparation, 19 % avancent la même raison. L'adhésion tient aussi longtemps que la mesure demeure une intention.
Du côté des autorités, la défiance s'affiche sans détour. Parmi les experts qui classent l'intelligence artificielle parmi les principaux risques, 9 % jugent les pouvoirs publics suffisamment préparés à y faire face. En Europe, 3 %.
Ce que l'enquête ne dit pas
AXA énonce lui-même ses réserves en tête du rapport. Conduite du 14 mai au 24 juin 2026, la collecte s'est déroulée dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, par la flambée des prix de l'énergie qui les a accompagnées, par des inquiétudes sanitaires liées au virus Ebola et à un hantavirus, et par des vagues de chaleur en Europe de l'Ouest. Composé à 89 % de collaborateurs du groupe, le panel d'experts regarde les risques depuis l'assurance. Ramenée de 25 à 20 risques cette année, la liste proposée interdit de comparer mécaniquement les classements d'une édition à l'autre.
Reste ce que l'enquête laisse hors de portée. Aucune de ses réponses ne mesure la qualité d'un plan de crise, le délai de reprise d'un système d'information, ni la capacité d'une cellule de crise à décider un dimanche soir. Ces grandeurs se mesurent par l'exercice.
Quatre questions à poser
Quatre questions transforment ces résultats en décisions.
- Quand l'exercice a-t-il été joué pour la dernière fois, sur quel périmètre et avec quelles décisions prises ? Datée et suivie d'un compte rendu, la préparation cesse d'être un sentiment.
- À quelle heure la crise a-t-elle été déclenchée ? Arrivant la nuit, le week-end et pendant les congés, les crises trouvent une organisation que l'exercice du mardi quatorze heures ne décrit jamais.
- Qui décide du format ? Table, simulation, bascule technique ou mobilisation d'astreinte, chaque format répond à une question différente, et ce choix se prend avec les personnes qui tiendront le dispositif.
- Combien de familles de risques le scénario fait-il jouer ensemble ? Décrivant des risques qui se renforcent mutuellement, le rapport invite à en faire jouer deux de front, puisque c'est ainsi qu'elles se présentent.
STELLISK. prépare les organisations, avec NOVRISK., et les collectivités, avec ELISK., aux crises majeures.
Sources
- AXA, « 2026 Future Risks Report », enquête Ipsos conduite du 14 mai au 24 juin 2026 auprès de 4 345 experts dans 62 pays et de 24 000 personnes du grand public dans 19 pays
- Ipsos, « AXA Future Risks Report 2026 », présentation de l'enquête, 15 octobre 2026
- AXA, « 2026 Future Risks Report », focus « Le pouvoir de la prévention face à l'interconnexion des risques », pages 63 à 65
Article à jour au 22 octobre 2026.

