Élues : sans formation, la parité s'arrête à la porte de l'exécutif
À l'attention de madame la ministre Aurore Bergé, ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations.
Les femmes forment désormais 48 % des conseillers municipaux, mais seules 22,8 % des maires. Imposer l'égalité des candidatures ne suffit pas à produire l'égalité des responsabilités. La formation pèse dans cette équation, et le droit qui la porte reste en partie fermé.
Deux chiffres après mars 2026
Les municipales de mars 2026 ont produit deux chiffres qui se répondent. Les femmes forment désormais 48 % des conseillers municipaux, contre 42 % en 2020. Mais seules 22,8 % des maires sont des femmes, contre 19,8 % auparavant, et leur part dans les villes préfectures a reculé de 21 % à 13 %. Si la parité a franchi la porte des conseils ; elle bute sur celle des exécutifs.
Imposer l'égalité des candidatures ne suffit pas à produire l'égalité des responsabilités. La loi du 21 mai 2025 a étendu les listes paritaires aux communes de moins de 1 000 habitants ; la part de femmes maires y reste pourtant stable, autour de 23 %.
Le levier de la formation
Et la formation pèse dans cette équation. Trois listes sur quatre étaient conduites par des hommes : beaucoup de nouvelles élues siègent sans délégation, or l'obligation de formation la première année ne vise que les élus délégués. Pour les autres, tout repose sur le compte de formation des élus, le DIFE, accessible sur Mon Compte Formation.
Un arrêté du 28 août 2026, publié au Journal officiel du 16 septembre, porte les droits annuels de 400 à 600 euros, avec un plafond de cumul de 1 200 euros. C'est une avancée, après celle de la loi du 22 décembre 2025 sur le statut de l'élu local, qui a porté le congé de formation de dix-huit à vingt-quatre jours. Mais seulement 3 à 5 % des élus se forment chaque année.
Pour beaucoup de femmes, ce droit reste d'ailleurs virtuel. Depuis 2022, des dizaines de milliers d'élus sont exclus du DIFE parce qu'elles figurent au répertoire national des élus sous leur nom d'usage, souvent marital, et non sous leur nom de naissance, celui de la Sécurité sociale. Le gouvernement a reconnu en septembre que 59 444 élus, dont 82 % de femmes, étaient concernés.
Abonder un compte que l'on ne peut pas ouvrir ne sert à rien
S'y ajoute un angle mort : la reconversion. Le DIFE peut se cumuler avec les droits CPF en euros, mais pas avec ceux des agents publics, comptés en heures, dans une fonction publique très féminisée. Et l'élue non réélue qui n'est pas retraitée n'a que six mois après son mandat pour achever une formation de réinsertion professionnelle. Quand le mandat s'ajoute à l'emploi et à des charges familiales qui pèsent encore plus souvent sur les femmes, un droit théorique ne suffit pas.
Trois mesures s'imposent
- Réactiver sans délai, et rétroactivement, les droits des élues exclus pour une question de nom.
- Simplifier l'inscription, qui exige FranceConnect+ ou une identité numérique La Poste, en créant le service public d'accompagnement que réclame le rapport parlementaire de Stéphane Delautrette.
- Ouvrir enfin le cumul aux droits CPF des agents publics et allonger le délai de réinsertion après le mandat.
Former une élue n'est pas lui faire une faveur. Un mandat est une école de gestion et de négociation, dont les compétences se valorisent aussi hors de la mairie. C'est aussi donner à la parité les moyens de durer, et d'aller jusqu'au fauteuil de maire.
Sources
- Banque des Territoires, « Municipales : les conseils municipaux accueillent plus de femmes », 28 avril 2026
- Maire-info, « Le portrait des maires, millésime 2026 », 27 avril 2026
- Oxfam France, Index de féminisation du pouvoir 2026
- LOI n° 2025-444 du 21 mai 2025 visant à harmoniser le mode de scrutin aux élections municipales (Légifrance)
- Maire-info, listes déposées et candidatures féminines, 2 mars 2026
- Code général des collectivités territoriales, article L. 2123-12 (Légifrance)
- Arrêté du 28 août 2026 portant diverses mesures applicables au droit individuel à la formation des élus locaux, JO du 16 septembre 2026 (Légifrance)
- LOI n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local (Légifrance)
- Assemblée nationale, rapport d'information n° 2686 sur la formation des élus locaux, Stéphane Delautrette, 15 avril 2026
- Acteurs publics, « Des dizaines de milliers d'élues privées de leur droit à la formation en raison d'un bug », 4 septembre 2026
- Journal officiel du Sénat, réponses aux questions écrites du 3 septembre 2026
- Mon Compte Formation, « Comment cumuler mes droits CPF avec mes droits Élu ? »
- Direction générale des collectivités locales, droit à la formation des élus locaux
Article à jour au 30 septembre 2026.

